Rentrée 2015 de François F.

Nous voilà déjà en septembre 2015 !

SN 560 V25

 

Ici venu, l’avenir est paresse.

L’insecte net gratte la sécheresse;

Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air

A je ne sais quelle sévère essence…

La vie est vaste, étant ivre d’absence,

Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre

qui les réchauffe et sèche leur mystère. (…)

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !

L’air immense ouvre et referme mon livre,

La vague en poudre ose jaillir des rocs !

Envolez-vous, pages tout éblouies !

Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies

Ce toit tranquille où picoraient des focs !

P. Valéry  Le cimetière marin

 

Neurone I

 

 

 

 

 

 

Neurone II - Le mystère de la création

 

 

 

 

 

 

Djérid réduit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

portrait par françois F., aquarelle

La jeunesse est …

                                    Je ne suis pas Chateaubriand mais je peux le citer !

portrait par françois F., aquarelle
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           La jeunesse est une chose charmante : elle part, au commencement de la vie, couronnée de fleurs comme la flotte athénienne pour aller conquérir la Sicile et les délicieuses campagnes d’Enna. La prière est dite à haute voix par le prêtre de Neptune ; les libations sont faites avec des coupes d’or ; la foule, bordant la mer, unit ses invocations à celles du pilote ; le péan est chanté, tandis que la voile se déploie aux rayons et au souffle de l’aurore. Alcibiade, vêtu de pourpre et beau comme l’Amour, se fait remarquer sur les trirèmes, fier des sept chars qu’il a lancés dans la carrière d’Olympie.

Mais, à peine l’île d’Alcinoüs est-elle passée, l’illusion s’évanouit. Alcibiade banni va vieillir loin de sa patrie et mourir percé de flèches sur le sein de Timandra. Les compagnons de ses premières espérances, esclaves à Syracuse, n’ont pour alléger le poids de leur chaînes que quelques vers d’Euripide.

Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand

portrait par françois F., aquarelle
La mer en toile de fond pour un autoportrait de françois F.

 

Un peu de philo…

Il est absurde d’admettre que la douleur sans fin qui naît de la misère inhérente à la vie et qui remplit le monde, ne soit qu’un pur accident et non le but même. Chaque malheur particulier parait, il est vrai, une exception ; mais le malheur général est la règle. De même qu’un ruisseau coule sans tourbillons, aussi longtemps qu’il ne rencontre point d’obstacles, de même dans la nature humaine, la vie coule inconsciente et inattentive, quand rien ne s’oppose à la volonté. Si l’attention est éveillée, c’est que la volonté a été entravée et qu’il s’est produit quelque chose. Tout ce qui se dresse en face de notre volonté, qui la traverse ou lui résiste, c’est-à-dire tout ce qu’il y a de désagréable et de douloureux, nous le ressentons sur-le-champ, et très nettement. Nous ne remarquons pas la santé générale de notre corps, mais seulement le point léger où le soulier nous blesse ; nous n’apprécions pas l’ensemble prospère de nos affaires, et nous n’avons de pensées que pour une minutie insignifiante qui nous chagrine. Le bien-être et le bonheur sont donc tout négatif, la douleur seule est positive.

Rien de plus absurde que les métaphysiques qui expliquent le mal comme négatif ; lui seul au contraire est positif, puisqu’il se fait sentir… tout bien, tout bonheur, toute satisfaction sont négatifs, car ils ne font que supprimer un désir et terminer une peine. En plus nous trouvons les joies au-dessous de notre attente, tandis que les douleurs la dépassent de beaucoup.

La vie de l’homme est un combat perpétuel, non pas seulement contre des maux abstraits, la misère ou l’ennui, mais contre les autres hommes. Partout on trouve un adversaire : la vie est une guerre sans trêve, et l’on meurt les armes à la main. Au tourment de l’existence vient s’ajouter la rapidité du temps qui ne nous laisse pas prendre haleine, et se tient derrière chacun de nous comme un garde-chiourme avec le fouet.

Pourtant, s’il était soustrait à la pression de l’atmosphère, de même si le poids de là misère, de la peine, des revers et des vains efforts était enlevé à la vie de l’homme, l’excès de son arrogance serait si démesuré, qu’elle le briserait ou tout du moins le pousserait jusqu’à la folie. Il faut à chacun une certaine quantité de soucis, de douleurs ou de misère.

La vie n’est qu’une grande mystification, une grande duperie…

 

080 La danseuse bleue et l'oiseau 60pp